Décembre 2025 – Julie : La genèse de l’extraordinaire

Témoignage de Julie, qui nous partage qu’« on peut être extraordinaire et faire des choses ordinaires, tant qu’on garde un cœur d’enfant. » – Merci Julie 🙏

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La genèse de l’extraordinaire

« Le miracle de la vie » m’a toujours fascinée. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été émerveillée par la machine bien huilée qu’est le corps humain. Parti de rien, aboutissement ultime de milliers d’années d’évolution. Aujourd’hui encore, à 30 ans, je ne me lasse pas de m’écouter respirer ou de voir les ressources que mon corps peut déployer pendant un effort physique. Pour lui rendre hommage, pendant toute mon enfance, j’ai pensé que le miracle de la vie devait forcément s’accompagner d’une existence extraordinaire. Je me destinais à de grandes choses. Je pensais qu’une fois adulte, débarrassée du carcan familial, de l’école, des règles débiles qu’on m’imposait, je pourrais faire ce que je voudrais, et ce que je voulais c’était l’hors du commun. 

Inutile de vous dire à quel point la désillusion a été grande quand, adulte, j’ai réalisé que finalement la vie, c’est ordinaire. C’est plat. C’est métro boulot dodo. C’est mariage gosses maison. Un banal abyssal qui me terrifiait et dont je n’ai jamais voulu. J’ai douloureusement dû faire le deuil du monde merveilleux que je m’étais imaginée, de cette existence rêvée, et j’ai conclu « si la vie c’est ça, si je suis condamnée à ne faire que ça, je préfère mourir maintenant parce que ça ne m’intéresse pas ». J’étais triste, mais surtout très en colère : QUI avait décidé que la vie ça serait ça ? QUI avait décidé que l’argent ferait tout et que je m’échinerais au travail ? QUI avait décidé que je devrais me marier et procréer ? QUI OSAIT m’imposer une existence aussi ennuyeuse ? Autant de questions sans réponse qui tournaient en boucle dans ma tête du soir au matin et me mettaient face à la vacuité de mon existence, et à celle de l’humanité. J’avais l’impression de me noyer, de me débattre pour trouver ma place et d’être sans cesse ravalée par les vagues. J’ai arrêté de lutter…

Au bout d’un moment, la vie a repris ses droits et j’ai continué la mienne, mais je n’avais trouvé aucune réponse à mes questions et tout était devenu plus dur. Je me suis engagée dans une fuite en avant, une gigantesque distraction pour m’éviter de regarder dans les abysses. Je voulais combler le vide alors j’étais avide de tout : sorties, sexe, amour, drogue, alcool, nourriture, sport, sensations fortes. A un moment, j’ai vu la lumière et j’ai mis toute cette avidité dans mes études puis mon travail, ça m’a empêchée de faire quelques erreurs qui auraient pu m’être fatales. Malgré tout, les « à quoi bon ? », « tout ça pour ça », « je m’ennuie », « plutôt crever » tournaient en fond, comme une mélodie sourde mais insidieuse, persistante. Je n’avais pas l’impression d’être suicidaire ou dépressive, même si ce type de pensée s’y apparente. Je n’y prêtais pas attention mais c’était toujours là, en permanence, je me disais que jamais je ne réussirais à vraiment sortir de ce marasme.

Jusqu’au jour où j’ai été diagnostiquée TDAH, et ça a tout changé. J’ai mieux compris mon fonctionnement, ma personnalité, j’ai arrêté de m’en vouloir de ne pas arriver à me contenter de cette vie, je me suis pardonnée certains échecs. Tout cela avait en fait une explication parfaitement logique : le cerveau TDAH s’ennuie vite, parce qu’il ne capte pas bien les hormones du bonheur. De fait, rien n’est jamais suffisant, jamais assez bien, assez intéressant, pour combler le trou béant laissé par la dopamine. Là où l’ordinaire et la routine devraient être suffisant voire rassurant, j’y suis allergique. Mon cerveau est comme ça : il a besoin d’extraordinaire, d’intensité. Je ne veux pas seulement respirer, je veux avoir le souffle coupé. Je veux que mon cœur batte la chamade, je veux que mon ventre se torde, sentir le vent s’engouffrer dans mes cheveux, sauter de joie, pleurer de rire, sangloter à en vomir, crier, courir, apprendre, avancer, tester, regretter, tomber, me relever, encore et encore, à l’infini. Ça parait épuisant et ça l’est, vraiment. Par ailleurs, même si on dort mieux quand on est épuisé, la vie ne peut pas toujours être aussi extrême.

Le défi est de conjuguer ce besoin brûlant d’intensité à une société qui promeut la stabilité. Il m’a fallu apprendre que la vie est aussi faite de calme, de douceur, de confort, de tendresse, de baisers sur le front, de soirées devant la télé, de bains moussants, de routines, de doudous, de plaids, de bougies qui sentent bon, de moments de pause. Surtout, apprendre à m’en accommoder sans avoir l’impression de stagner et de me noyer, en trouvant l’extraordinaire dans l’ordinaire. En choisissant un travail qui me fera toujours me lever le matin parce qu’il dépasse mon existence personnelle ; en empruntant tous les jours un chemin différent pour y aller ; en essayant 8 nouveaux sports/activités dans l’année ; en appelant « road trip » une simple virée à la superette ; en cherchant sciemment les itinéraires avec embouteillages pour chanter à tue-tête pendant 5 minutes de plus ; en assumant ce besoin de profondeur, de proximité dans les relations avec autrui, quelles qu’elles soient ; en nouant des liens plus rares mais plus forts ; en prenant des risques (calculés) ; en ayant une quête principale (mon travail) et 800 quêtes annexes plus absurdes les unes que les autres ; en me demandant toujours si à la fin, ça fera une histoire marrante à raconter ? Bref, en m’émerveillant du quotidien. Quand j’étais au plus mal, je détestais le dicton « il y a de la beauté partout dans le monde pour qui veut la voir », mais c’est vrai. Il y a de l’extraordinaire, du fantastique, du merveilleux, du magique et des couleurs partout autour de nous. Il n’y a pas forcément besoin de rouler à toute berzingue sur l’autoroute pour se sentir vivre, parfois être à 90 sur la nationale et prendre le temps de voir les arbres se parer de couleurs automnales, ça fait battre le cœur tout aussi fort.

Pendant longtemps je me suis demandé si la vie valait la peine d’être vécue, et pour être honnête, ça dépend des jours. Mais une chose est sûre : on peut être extraordinaire et faire des choses ordinaires, tant qu’on garde un cœur d’enfant.

Le lien vers le podcast Julie : https://linktr.ee/BrulezLeTapis

Lien vers le site de la créatrice de l’image : https://www.sandra-suire.com/

Compétences

Posté le

10 novembre 2025

2 Commentaires

  1. Filopon Luc

    Bonjour,
    Merci Julie pour votre témoignage. Je dirais que l’ordinaire fait des choses extraordinaires pas que, mais la partie cachée de l’iceberg qui remet les pendules au temps présent. Je me pose et d’ailleurs je me pose toujours cette question, faut-il un diagnostic pour réveiller notre conscience de normalité en quête d’identité par rapport à un mal-être enduré d’un bien-être. Je salue la vitesse extraordinaire à une lenteur ordinaire dans un monde qui se veut ordinaire malgré la frénésie de son temps. Prenez soin de votre cœur d’enfant, il est la source de notre bien-être, notre innocence en sommeil. L’ordinaire, un système établi. L’extraordinaire, une force et un talent invisible. Vous êtes extraordinaire d’avoir foulé l’ordinaire.
    Bien à vous
    Luc

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    • Estelle Joguet

      Bonjour Luc,
      Merci pour votre commentaire, que je vais partager à Julie au cas où elle ne l’aurait pas vu.
      Je vous souhaite également de garder votre coeur d’enfant 😉
      Bien à vous, Estelle

      Réponse

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