Témoignage de Virginie, qui nous partage l’importance de « rester ouvert aux rencontres amicales » car, parfois, cela « permet de recevoir affection et réparation » – Merci Virginie 🙏
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J’ai été une enfant puis une adolescente « bouboule », pas obèse non plus, mais en surpoids. Je n’avais ni ami ni même camarade de classe et j’étais introvertie, solitaire. Une seule chose m’intéressait en classe : le sport. Malgré mon surpoids, je me débrouillais plutôt bien. C’est ainsi que, tout naturellement, j’ai voulu en faire ma profession. Le Bac en poche, je suis partie en Belgique en fac d’EPS.
A la maison, j’avais une mère très aimante, bienveillante, trop même parfois, mais un père autoritaire qui constamment me rabaissait et me décourageait. Je me sentais dévalorisée en permanence.
Lors de ma 1ère année d’études supérieures, j’ai commencé un « régime » à la suite de conseils d’une enseignante de gymnastique. Rapidement, j’ai perdu mes premiers kilos. Puis, j’ai stagné. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’y « mettre les bouchées doubles » (au sens figuré bien sûr). Je perdais à nouveau du poids et j’éprouvais un réel bonheur. Mais, très vite, les choses ont dégénéré. J’ai commencé à faire une dépression sévère, à sombrer dans l’anorexie et j’ai dû être hospitalisée. Puis, suite à l’obtention d’un concours administratif (que j’ai eu je ne sais comment vu mon état physique et psychologique), je suis partie en Normandie, lieu de mon affectation. Mes parents pensaient que le changement allait me faire le plus grand bien et que j’allais me sortir de cet engrenage. Ce fut totalement le contraire. Mon état s’aggravait de mois en mois, j’étais incapable de m’arrêter.
J’ai été hospitalisée pour anorexie, contre mon gré, une 1ère fois et j’en suis ressortie dans le même état psychologique, avec juste quelques kilos de plus. Mais, très vite, j’ai voulu « remettre les pendules à l’heure » : j’ai alors recommencé, en bien pire encore. Et plus les années passaient, plus je m’enfonçais.
Ça m’était devenu infernal et je ne pouvais faire autrement… Les os saillants, le teint gris, les yeux qui ressortaient comme des orbites, des palpitations cardiaques, un visage émacié …
Puis un jour, à bout de force, ne parvenant même plus à avaler un yaourt tant manger me faisait mal, je suis allée voir mon supérieur et lui ai dit que j’avais pris la décision d’être hospitalisée.
Je ne sais pas si c’était l’instinct de survie ou le ras le bol d’être dans un état pitoyable, mais je me suis dit : « Stop ! Soit tu bouges et te fais soigner, soit tu meurs… mais tu ne restes plus un zombie » .
Je suis rentrée aux Urgences en Normandie, puis j’ai été hospitalisée quelques semaines avant d’être transférée dans le Nord à Valenciennes. Cela n’a pas été facile tous les jours, loin de là… Les sondes gastriques 3 à 4 fois par jour, les longs mois d’hospitalisation, les séances de psy, les angoisses à l’idée de reprendre du poids alors que moi, j’avais fait « tant d’efforts pour les perdre »… J’en ai passé des heures à pleurer, parfois même à regretter mon choix …
Mais, durant mon hospitalisation j’ai fait 2 merveilleuses rencontres : une infirmière cadre à Valenciennes, qui venait passer des heures auprès de moi à discuter, m’aider, me soutenir… et également – et surtout – Mariette…
Mariette c’était une ASH (agent de service hospitalier). Elle nettoyait ma chambre d’hôpital en Normandie, en alternance avec une autre dame. Dès le début, elle s’est prise d’affection pour moi, comme si j’étais sa propre fille.
Elle venait me voir tous les jours après son service et même ceux où elle ne travaillait pas. On discutait beaucoup et elle parvenait à me remonter le moral.
Chaque jour, j’attendais sa visite avec impatience. Puis, lorsque je suis sortie pour être transférée dans le Nord, elle m’a donné son numéro de téléphone et je lui ai promis de l’appeler à mon retour. Ce que j’ai fait dès le lendemain … et bien m’en a pris… car j’ai trouvé, avec Mariette et sa famille, une nouvelle famille, ma famille de cœur comme j’aime à les appeler, avec une grande sœur de cœur : Mariette. Je n’étais plus seule, isolée en Normandie. J’avais une nouvelle famille avec des personnes qui m’aimaient, ne me jugeaient pas et, au contraire, m’aidaient à m’en sortir, à ne surtout pas replonger en enfer. J’allais chez eux tous les dimanches, voire même parfois en fin de journée après mon travail. Il y avait ses filles, qui étaient devenues de supers copines, son fils qui n’était encore à l’époque qu’un petit garçon, son mari et ses parents, que j’appelais moi aussi Pépère et Mémère et que je considérais comme mes propres grands-parents. Je fêtais Noël ou Nouvel An avec eux, j’étais invitée aux mariages et baptêmes…
Grâce à eux j’avais retrouvé le goût de vivre.
Je me suis mise à faire du sport mais cette fois, non pas pour maigrir mais uniquement pour le plaisir. Je me suis extériorisée, moi qui étais si introvertie. J’ai réussi peu à peu, avec certes des hauts et des bas, à reprendre une alimentation pour ainsi dire normale et je me suis inscrite dans des associations sportives où je suis même devenue présidente pendant plusieurs années, ce qui m’aurait semblé inenvisageable deux ans plus tôt .
Je n’aurai certes jamais la réponse mais je reste persuadée que sans Mariette et sa famille, jamais je ne m’en serais sortie et j’aurais replongé dans mes démons.
C’est souvent le hasard des choses qui fait que l’on fait de belles rencontres et celle-ci restera pour moi ancrée dans mon cœur pour toujours.
Parfois, rester ouvert aux rencontres amicales permet de recevoir affection et réparation.
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